L’aventure des 48h !

L'aventure des 48h

Et voilà, le film des 48h millésime 2018 est dans la boîte!

Si vous ne connaissez pas le principe des 48h, voyez ici. En bas de la page vous trouverez entre autres les films et making-of réalisés les 4 années précédentes. Pour le Tout Court ! ce fut la deuxième occurrence, mais pour certains d'entre nous déjà la cinquième !

Préparer son 48h

Un 48h ça se prépare un mois avant. Il faut trouver des comédiens, des techniciens, des lieux de tournage... Chez nous, ce sont les jeunes du Tout Court ! qui réalisent le film, mais nous aimons faire appel à des intervenant externes pour nous aider - acteurs et techniciens. Ça nous permet d'avoir des personnages adultes dans nos films, et aux jeunes d'être mieux encadrés à la technique.

Pour les lieux, suite à une annonce plusieurs extérieurs et intérieurs nous sont proposés, certains très atypiques dont une magnifique et immense ferme totalement laissée à l'abandon depuis plusieurs années. Merci aux propriétaires! C'est que plus on a de propositions de lieux, plus on aura le choix le vendredi soir lors de l'écriture du scénario. Le week-end d'avant les 48h est en partie consacré aux repérages sur les différents lieux - au point d'en crever un pneu sur un chemin perdu au milieu des champs...

Enfin il faut préparer la logistique. Merci la feuille Excel! Inscriptions, autorisations de sorties pour les mineurs, droit à l'image, droits d'auteurs... Mais aussi organisation des déplacements, des repas, établissement du planning, formation des équipes selon les souhaits et disponibilités, etc.... Nos 48h sont toujours à budget zéro : nous demandons donc une participation en nature (nourriture) aux familles des jeunes participants - mais c'est tout ce qui leur est demandé.

Le week-end d'avant les 48h nous organisons une séance de préparation où les jeunes se familiarisent avec le matériel, et où on tourne une séquence en conditions réelles pour s'habituer aux méthodes de travail et apprendre à fonctionner ensemble. Silence! Moteur! Ça tourne! Clap! Action! Coupez! Tout un processus bien rodé mais qu'il faut apprendre quand on ne le connait pas. On test aussi un drone prêté par le père d'une participante: une première sur nos tournage!

Question acteurs nous avons 4 jeunes du Tout Court ! qui souhaitent jouer, dont un nouveau âgé d'à peine 11 ans mais qui deviendra très vite la mascotte de l'équipe ! Ainsi qu'une actrice adulte avec qui on travaille souvent. Nous avions d'autres propositions mais qui avaient besoin d'une réponse définitive avant le week-end des 48h: malheureusement l'exercice ne le permet pas, puisque le scénario - et donc les personnages - sont créés le vendredi soir pour un tournage le lendemain.

Enfin, le matériel est soigneusement préparé dans la semaine qui précède le 48h: chargement des batteries, vidage des cartes mémoires, vérifications, rangement en mode transport... C'est qu'il ne faudrait pas que la technique nous lâche au mauvais moment!

Décollage à Paris !

Le kick-off (réunion de lancement) du 48h a lieu à Paris dans la grande salle de la mairie du XVème. Il faut au moins cela car on y bât régulièrement des records de participation. Cette année nous nous mesurons à pas moins de 181 équipes - et si on compte toute la France, qui pour la première fois ont leur 48h le même week-end, on se sent un peu perdu au milieu d'une foule de 380 participants !

Nous nous rendons donc à Paris en deux voitures pour emmener le maximum de jeunes. C'est un moment fort du 48h, qui vaut le détour: une émulation entre équipe, une tension créatrice et un enthousiasme communicatif qui nous projette directement dans l'aventure!

Après quelques discours d'usage, vient le moment du tirage au sort. Notre jeune réalisateur, Florian, s'y colle. Il doit tirer un couple de deux genres de film, entre lesquels nous pourrons choisir. Certains couples sont chouettes, on a envie de les avoir... D'autres sont plus difficiles! Les deux années précédentes nous étions tombé sur le couple "horreur / comédie musicale" - le même exactement deux années de suite... Vraiment pas de chance! On espère donc quelqu'un chose d'un peu plus inspirant cette année.

Florian approche du bureau à l'énoncé du nom de l'équipe, tire un papier... Et là c'est la douche froide. On n'en revient pas: "horreur / comédie musicale". Si. Pour la troisième fois consécutive ! On commence à se dire qu'on est vraiment maudit...

Mais bon, on fait contre mauvaise fortune bon cœur. Comme les années précédentes la comédie musicale est d'emblée écartée: c'est un genre que ni le réalisateur, ni moi-même n'affectionnons - et puis aucun de nos acteurs n'a envie de chanter. Puisqu'il faut qu'on réalise un troisième "film d'horreur" hé bien soit, ainsi soit-il.

Enfin, les éléments imposés sont annoncés:

Les organisateurs nous souhaitent bonne chance: il est 19h30 vendredi, nous devons rendre notre film ici à Paris pas plus tard que dimanche à 19h30. Le compte à rebours commence!

Tempête de cerveaux

Dans la voiture au retour le brainstorming va bon train. Dans notre "malheur" d'être encore tombé sur un film horreur on a un avantage : un lieu de tournage splendide qui se prête ô combien au genre, une vieille bâtisse immense, ancien corps de ferme totalement abandonné et situé au beau milieu des champs loin de toute civilisation. Il ne fait aucun doute que c'est là que nous tournerons le lendemain !

Une joggeuse dans un film d'horreur? On pense tout de suite aux tristes actualités qu'on entend de temps à autres... Un sac ce ne sera pas trop compliqué à introduire. Pour la phrase, "tout s'achète", c'est plus compliqué. Mais on réfléchit !

On cherche une trame. Une joggeuse qui courre devant la maison, elle disparaît... Non, elle est avec un ami et c'est son ami qui disparaît. Il y a un policier qui vient enquêter... Ha bah non, on n'a pas d'acteur adulte masculin. Bah une femme flic alors! Oui mais on n'a pas d'uniformes. Un brassard suffirait... Et donc quoi? Elle va découvrir quelque chose mais quoi? Au fait, quelqu'un a du faux sang? On réfléchit, chacun donne ses idées, parfois on sèche, on parle d'autre chose pour se vider la tête... Et puis le trajet est long, la circulation particulièrement mauvaise !

Au bout d'un moment Florian le réal et moi-même tombons d'accord sur une chose: nous n'avons envie de faire un "vrai" film d'horreur, avec du sang  partout, des jump scare à n'en plus finir... On a envie de plus d'humain, et d'apporter un minimum d'émotion au film.

Alors on dévie un peu. On se dit qu'on va faire un film qui commence comme un film d'horreur, avec les codes du genre, mais qui ensuite bifurque vers quelque chose de plus intéressant. On décide de partir sur une histoire de fantômes, vu qu'on a un lieu typiquement hanté ! Mais on voudrait un retournement... Alors on imagine que notre joggeuse voit des fantômes, elle en a peur (c'est là qu'on jouera sur les codes du genre) mais au final elle se rendra compte que ce sont des gens réels et que la fantôme, c'est elle-même. Bien sûr, une grande référence cinématographique nous inspire - mais je ne la citerais pas ici pour ne pas spoiler ceux d'entre vous qui ne l'auraient pas vus 🙂

Enfin vers 21h15 on arrive enfin au camp de base - le siège de l'association Tout Court ! Oise et accessoirement chez moi, où se dérouleront les écritures puis la post-production.

Les écritures

Plusieurs jeunes et quelques parents nous rejoignent, qui n'avaient pas pu faire le déplacement à Paris. Pour les adultes le café coule à flot, les jeunes eux roulent plutôt au soda. C'est parti pour une longue nuit!

Peu à peu notre histoire de fantômes se précise, les personnages se mettent en place, les enjeux, l'intrigue, les retournements, les objets... Comme prévu pas facile de caser la phrase de dialogue - mais ça va, on finit par trouver un moyen qui nous satisfait.

A 2h et demi le scénario est achevé! Il fait 5 pages avec font et casse standard, ce qui devrait mener à un film de 5 à 6 minutes. Il y a 5 personnages et beaucoup moins de dialogues que ce dont on a l'habitude: on favorisera l'image, les espaces (on a un décor qui s'y prête!) et les mouvements.

On aimerait tous prendre du sommeil car demain on se lève très tôt... pourtant ce n'est pas encore le moment car il faut passer au découpage, une étape cruciale. C'est le premier acte de réalisation en tant que tel: prendre le scénario séquence par séquence et réfléchir à comment on le tournera. Certes on ne pourra pas tout découper en détail, et puis l'expérience montre que sur un tournage on dévie beaucoup du découpage initial qui n'est qu'une base de travail, mais on ne peut pas non plus se permettre de tout miser sur l'improvisation : dans la précipitation d'un tournage des 48h ça nous mènerait à d'inévitables erreurs très difficile à corriger en post-prod !

Une règle importante: ne rien oublier. Toute l'action doit être montrée dans les plans prévus, afin de ne pas se retrouver avec des trous dans la trame narrative. Sur un 48h où on n'a pas le droit à l'erreur, on s'efforce au maximum de prévoir au moins un plan-séquence large - c'est à dire qui prend toute l'action - par séquence du scénario. C'est qu'on appelle un plan maître. Puis on ajoute des plans rapprochés sur les personnages, et des gros plans d'insert.

Le réalisateur a plein d'idées, plein d'images dans la tête, il veut conférer un style à son film. Son assistante, qui a un peu plus d'expérience, l'aide bien. Plusieurs jeunes participent activement. Ils travaillent très bien, avec efficacité et dans une bonne ambiance - malgré quelques rappels au silence nécessaire pour certains qui décrochent un peu sur cette phase. Quant à moi, le producteur, je m'efforce de m'effacer : après-tout c'est le film du réalisateur !

Il est 5h du matin quand c'est enfin terminé ! On s'écroule alors qui sur un canapé ou un fauteuil, qui sur un matelas posé au sol, pour une très courte nuit puisqu'on a donné rendez-vous à toute l'équipe à 8h pour la lecture du scénario !

Tournage !

Pas facile de se lever après 2 petites heures de sommeil! Mais à 8h30 tout le monde est sur le pont, prêt pour l'aventure. On donne la lecture du scénario, on rappelle les rôles de chacun, on charge le matériel, on se répartit dans les véhicules... Et c'est parti pour le lieu de tournage!

On arrive dans cette magnifique demeure, ancien corps de ferme immense et totalement laissé à l'abandon depuis des années et perdu au milieu des champs - sauf les extérieurs, cours et jardin, qui semblent régulièrement défrichés. Le sol est jonché de petites billes en plastique: c'est un lieu où se déroulent régulièrement des parties d'Air soft. Il y a plusieurs appartements, des caves avec des cages en métal, des greniers à grains, des poulaillers, une bergerie, une écurie... Certains endroits sombres et lugubres font vraiment peur: idéal pour un film d'horreur! Question météo on est chanceux: il fait un temps superbe, une journée d'été indien!

Arrivé à 9h45, on se prend une demi-heure pour visiter les lieux, et choisir ceux où l'on tournera. Puis on sort et on monte le matériel.

Le premier clap résonne enfin, une bonne heure après notre arrivée. Comme toujours sur un tournage les premiers plans sont laborieux... C'est long, on est trop exigeant - on multiplie les prises pour un oui ou un non, et puis il faut apprendre à travailler ensemble, trouver le bon rythme. Tourner un simple plan c'est long : il faut choisir l'emplacement de la caméra et des acteurs, choisir un objectif, régler le son et la lumière, définir et répéter les déplacements des acteurs et des techniciens - parfois ça s'apparente à une vraie chorégraphie, surtout pour les plans larges "masters" qui sont presque des plan séquences.  Enfin on est prêt à tourner et la machine se met en route: "Silence on tourne! Moteur!" tonne l'assistante réal, "Ça tourne à l'image / ça tourne au son" confirment les techniciens, "2 sur 3 première!" et on clap, et enfin "Action!" qui se termine par "Couper!". Puis on recommence tout le processus, inlassablement, pour chaque prise, chaque plan, chaque séquence.

Mais ça marche plutôt bien. Il y a quelques frictions de temps à autres, des jeunes qui ont du mal à se concentrer pendant les long temps d'attente, d'autres qui voudraient faire comme ci ou comme ça au point que le réalisateur ne sait plus où donner de la tête ! C'est très formateur: c'est là qu'on apprend pourquoi le réalisateur est le capitaine du tournage. C'est lui qui mène la barque: il doit trancher, prendre les décisions, rester bien concentré et surtout savoir garder son cap malgré les perturbations. Un travail difficile! Mais il peut s'appuyer sur son assistant et son équipe qui l'aident dans la gestion des parties techniques, pour qu'il puisse mieux se concentrer sur les aspects artistiques : création de son cadre, de son image, et direction de ses acteurs.

On pousse jusqu'à 13h30 avant de s'accorder enfin une pause pour le déjeuner - il était temps, la faim commence à s'entendre jusque dans les casques de l'équipe son ! On sort les victuailles que la régie - essentiellement des parents de jeunes participants - installe sur une table dans la grande cours. Il y a largement de quoi nourrir tout le monde: merci à tous ceux qui ont participé au repas !

On fait rapidement le point. L'équipe s'inquiète un peu: on n'a tourné que les deux premières pages du scénario, or le plus compliqué reste à venir. Tout notre scénario se déroule en journée et la nuit tombe de plus en plus tôt en cette période de l'année. Pour ma part je reste confiant: c'est toujours comme ça sur un tournage, les débuts sont laborieux, on démarre lentement... Toutefois, on ne traîne pas: dès 14h15 on repart au turbin !

L'équipe travaille bien, de manière autonome même si le stress monte d'heure en heure. Je les laisse faire. Je ne reste jamais très loin, prêt à intervenir en cas de problème  - l'avantage de ce lieu est que de l'extérieur on entend distinctement tout ce qui se passe à l'intérieur ! Mais je ne veux pas m'imposer: ce n'est pas mon film. Au final, des cinq 48h que j'aurais fait avec des jeunes dont deux avec Tout Court !, ça aura été celui où je serais le moins intervenu - sauf à sauvegarder les cartes mémoires toutes les heures sur le PC portable de l'association et sur un disque externe afin d'éviter la catastrophe de notre tout premier 48h !

Et puis vers 16h30, à la faveur d'un changement de technicien, l'équipe fait une petite pause.  Et cette fois, je sens un flottement, un certain découragement. Il reste encore deux pages de scénario avec des scènes particulièrement compliquées à tourner. L'équipe doute : la peur de ne pas y arriver commence à monter, d'autant que tout le monde semble épuisé, le réalisateur en premier. Les batteries sont à plat! Cette fois, c'est le moment d'intervenir.

Je rejoins alors le réalisateur et de son assistante, pour poursuivre le film et redonner de l'énergie aux troupes - quitte à les secouer un peu quand il le faut. Au prix d'un gros effort de la part de toute l'équipe on parvient à reprendre le bon rythme, relancer la machine et boucler ce tournage!

Après une séance de prise de son seuls alors qu'il fait déjà presque nuit noire, il est 19h30 quand retentis enfin, sous les applaudissements, l'annonce tant attendue "Fin de tournage bravo à tous!" Ouf, c'est fait! 🙂

Dérushage et montage

Retour au camp de base: un excellent repas bien chaud nous attend, offert par les parents du jeune réalisateur 🙂 On se donne une heure pour en profiter joyeusement - pendant que les rushs sont transférés sur la station de montage.

La première étape de post-production, le dérushage, est en partie collective. Je récupère les prises tournées et les range plan par plan, séquence par séquence en supprimant tout ce qui précède le "Action!" et tout ce qui suit le "couper!" puis je les place bout à bout. Sur un tournage normal il faudrait aussi synchroniser des fichiers sons, mais sur les 48h on connecte l'enregistreur son (mixette) à la caméra pour le récupérer directement sur les vidéos ce qui nous évite cette étape consommatrice de temps.

Une fois les prises de tous les plans d'une séquence mis bout à bout, on les regarde et on choisis collectivement les meilleurs - même si c'est le réalisateur qui a le dernier mot en cas de désaccord. Pour chaque plan on isole ainsi une seule prise qu'on copie dans une première "timeline" de montage.

Une fois l'opération terminée, on se retrouve avec ce qu'on nomme au cinéma un "bout-à-bout": les meilleurs prises de chaque plan posées dans le bon ordre sur l'ensemble du film. Ce n'est pas encore un montage: il y a des répétitions (par exemple sur les champs / contre-champs), des soucis de rythme, de raccords, etc... Mais ça donne déjà une première idée de ce à quoi ressemblera le film.

Il est minuit bien sonné quand commence l'étape cruciale: le montage. Une activité beaucoup plus solitaire: difficile d'y travailler à plus que deux ou trois personne - dont le réalisateur, bien entendu - car ceux qui ne sont pas à la manette s'ennuient très vite. Nous avons avec nous un jeune adulte qui a déjà de l'expérience en la matière, et qui n'était pas avec nous la veille: du coup lui, il a bien dormi ! Je lui passe le clavier et je m'enfonce dans un fauteuil bien confortable. Il travaille bien, avec le réalisateur à ses côté... Je participe, je donne mon avis, tiens le coup une bonne heure... Mais je ne résiste pas beaucoup plus longtemps à l'appel des bras du doux Morphée.

Quand je me réveille il est 2h30 et le montage est déjà bien avancé: le monteur et le réalisateur ont fait du bon boulot ! Mais ils bloquent sur un gros problème, un de ces soucis où l'on paie des erreurs faites au découpage et/ou au tournage : des plans qu'on a oublié de tourner, ou qui ne montrent pas toute l'action. Bref, un vrai souci de continuité dans la trame narrative - ce qui peut arriver de pire au montage !

Je prends 20 minutes pour me réveiller tout à fait, lutter contre ce garnement de Morphée qui me tire vers lui avec insistance, avaler deux cafés, trois verre de jus d'orange et plusieurs bananes. Au point où on en est, il faut bien ça !

Puis je reprends les commandes. Pour régler un problème de ce genre il n'y pas de mystère: il faut être créatif, trouver des contournements. Il se trouve qu'on avait tourné des plans qui auraient dû résoudre le problème, mais qui étaient techniquement problématiques: trop sombres, son inexploitable, rythme et style trop différent du reste du montage... Il faut donc être radical: on décide que cette séquence sera musicale, comme un rêve vécu par l'actrice principale, pour palier à l'absence de son et justifier des images et un montage complètement différent. On va donc chercher une musique - on sait que ce ne sera pas la définitive mais on travaillera demain avec le compositeur pour obtenir quelque chose de similaire, et on monte cette séquence en suivant le rythme musical exactement comme on monterait un clip vidéo. Au final le résultat nous satisfait: ouf, on s'en est sorti !

Il y a d'autres soucis pour lesquels on ne peut rien faire mais qui sont moins graves car ne brisent pas la trame narrative: soucis de netteté sur certains plans, manque de quelques contre-champs, ainsi que de plans rapprochés de l'actrice principale pour être plus fortement avec elle. Tant pis !

Étalonnage, musique et son

La post-prod n'est pas terminée, loin de là! Il faut maintenant passer à l'étalonnage: réglage des niveaux de couleur, luminosité, contraste... Pas facile d'autant que c'est là que se situent nos plus grandes faiblesses : il nous manque de l'expertise à la fois sur le tournage (un chef-opérateur) et sur la post-prod (un étalonneur). A l'avenir on tachera de trouver du monde pour nous aider là-dessus !

Mais bon on se débrouille. Ou plutôt je me débrouille, le réalisateur et le monteur ayant sombré à leur tour dans le sommeil. Le résultat est... ce qu'il est: trop contrasté, tirant trop sur les noirs - c'est un film à voir dans une salle obscure ! On fera avec.

Le jour est levé lorsque je termine cette partie. Une nouvelle pause pour dormir une petite heure encore... Puis vers 9h tout le monde se réveille quand arrive l'ingénieur son venu nettoyer les sons, arranger les niveaux sonores, et produire quelques FX pour donner une ambiance correspondant au style et au genre de film. Il arrive avec du gros matériel: une station de mixage complète ! Il s'installe, regarde notre film, récupère les fichiers qui vont bien, chausse son casque... pour ne plus le retirer avant 16h30! Du gros boulot.

Peu après arrive notre compositeur, avec qui on travaille depuis 5 ans sur nos 48h. Il vient voir le film en l'état, noter les timings et discuter avec le réalisateur de ce qu'il souhaite. Puis il part travailler dans son coin, avec pour mission de nous appeler avant 13h pour l'enregistrement. Il est du genre rapide !

En attendant personne ne chôme. Nous réglons ensemble quelques derniers détails: trouver un titre, écrire le générique de fin, remplir des fiches à rendre avec le film... Des parents viennent nous prêter main forte à la régie, notamment pour ranger et faire un peu de ménage au camps de base qui en a bien besoin!

Vers 12h30, après une rapide restauration, nous partons au showroom avec le matériel d'enregistrement audio. Presque toute l'équipe est là pour voir ça - un grand moment des 48h ! Sauf l'ingé-son qui continue inlassablement à travailler sur sa station... Le compositeur nous fait rêver à créer les musiques avec nous, sur un piano mais également sur une foultitude de petits instruments aux sonorités étranges, parfois de véritables machines à bruitages. On se laisse prendre, fasciné... Et on y passe trop de temps. De retour vers 14h30, il faut rapidement sélectionner les musiques parmi l'ensemble de celles enregistrées, et les poser là où on le souhaite dans le film. On n'aura malheureusement pas le temps d'ajouter les bruitages qui, du coup, auront été enregistré pour rien... Dommage. Heureusement l'ingé-son en avait déjà pas mal dans sa besace !

 

C'est qu'on voudrait partir à 16h30 pour être sûr d'arriver à temps en cas d'embouteillages, or après la pose de la musique il faut que l'ingé son fasse une dernière passe pour égaliser l'ensemble. Ça prend encore du temps! La tension monte, on travaille tous avec concentration. A 16h00 l'ingé son nous donne enfin la bande son définitive, que je pose sur l'image. J'exporte le tout - heureusement on a du bon matériel informatique et ça ne dure que 5 minutes. On regarde ensemble, c'est pas mal du tout !

Mais l'ingé son n'est pas satisfait : il y a encore quelques soucis et il voudrait refaire une passe, une toute dernière... L'heure avance mais soit - seulement il faut qu'il soit sûr de lui car celle-là on n'aura plus le temps de la vérifier ! Il travaille vite, en quelques minutes à peine il résous ses problème et nous rend sa deuxième copie. A nouveau on la pose sur l'image, on l'exporte... On copie le film sur deux cartes mémoire... Et on fonce !

On rend le film !

L'ingé son range son matériel en quatrième vitesse, on sort tous, des parents sont là pour récupérer plusieurs jeunes - on n'a que deux places en voiture en plus du réalisateur, du chauffeur et de moi-même. Je sors la voiture du garage et je manque de pulvériser une de mes portières arrière ! Ce qui explique pourquoi nous avons un chauffeur, ce n'est pas moi qui vais conduire dans mon état...

On prend la route, qui est assez glorieuse jusqu'à la mairie du XVème : elle nous fait passer par nombre de beaux monuments parisiens. Le réalisateur et les deux jeunes accompagnateurs ne sont pas habitués alors le conducteur et moi-même leurs faisons les guides touristiques au passage. Enfin, je ne sombre pas dans le sommeil par intermittence...

Heureusement la route est dégagée: aucun embouteillage, aucun accident. Du coup on arrive tranquillement avec une bonne heure d'avance ! On se fait tamponner l'enveloppe, on entre dans la grande salle, on fait le point avec une organisatrice et le réalisateur signe...

Voilà c'est fait ! Florian a réalisé son premier film, on a tous fait un film en 48h !

Comme le veut ce qui est maintenant une tradition on va boire un coup au bar en face, puis on revient voir le décompte final à 19h30 pétante - même quelques secondes après c'est trop tard. Pas beaucoup de spectacle cette année: personne ne l'aura rendu à quelques secondes de la fin, comme les années précédentes. On discute à droite à gauche, notamment avec une équipe qui a échoué, leur film était encore en cours d'export. C'est leur première fois : on leur souhaite de réussir l'an prochain! Et on en profite pour les inviter au Tout Court !, on ne perd pas le nord 🙂

Au retour on prend notre temps. On s'accorde même un petit "Paris by night" en voiture avec quelques petits détours, avant de rentrer sur Montagny. On y arrive à 21h: les parents récupèrent les jeunes, tout le monde rentre chez soi, et enfin je peux m'écrouler dans mon lit pour dormir une nuit entière !

   

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